Michel Le Bris, dans son tout dernier roman, La beauté du monde, réussir à nous faire vivre, vibrer dans son monde, son monde de mots. L’ivresse des années 20, si bien décrite, nous habite dans la première partie du livre. La description si sensuelle de l’environnement, de l’atmosphère tout au long de ce roman est un des points positifs. L’écriture nous transporte littéralement dans un autre univers auquel on voudrait appartenir. Plusieurs fois, en lisant, je me suis dit : « Comme j’aimerais être Osa, avoir son courage, sa force ». On ne peut qu’admirer le personnage si attachant qu’est cette jeune femme lors du voyage dont il est le plus longuement question, en Afrique, personnage qui restera transformé par ses expériences. C’est cette femme qu’on rencontre au tout début, celle que les voyages auront transformée à jamais.
Osa Johnson choisira Winnie, une jeune écrivaine, pour écrire son récit; de petits extraits du journal de celle-ci seront joints à l’histoire légendaire qu’Osa et Martin, son mari, vécurent ensemble. Les séquences du journal de l’auteure, Winnie, m’ont particulièrement touchée, car elles créent un lien entre les deux femmes et permettent de souffler un peu lorsque les longueurs commencent à se faire sentir. Je trouve très intéressant d’avoir la vision de Winnie sur Osa et de connaître des brides de l’élaboration de la biographie.
Personnellement, j’ai trouvé longues l’introduction et la première partie. La deuxième époque du roman, le cœur, la partie centrale, la plus étoffée, « la beauté du monde », se révèlera la plus riche. J’avais hâte de découvrir la véritable aventure du couple, de voir avec leurs yeux le Kenya, une part du monde dont je ne connaissais rien avant ma lecture, mais l’écriture tendait à me ralentir... comme pour dire : « Attend, tu vas y arriver, maintenant savoure la beauté de ce monde urbain qu’était New York pendant les Années folles, ensuite viendra le dessert. »
Ce livre, je le conseille à tous les gens ayant vécu un voyage, aux amants de l’aventure, mais davantage encore à ceux qui n’ont jamais eu cette chance, car les livres, ce livre, représentent un moyen de vivre une expérience de voyage sans égale, d’une beauté inouïe, sans même avoir à prendre l’avion, à faire ses bagages ni à se préoccuper d’une quelconque préparation. Cela ne demande que de savoir lire, d’avoir le cœur ouvert et de prendre de temps de vivre ce merveilleux livre.
Meggie-Laurence Vincent
vendredi 10 octobre 2008
mercredi 8 octobre 2008
Où on va, Papa?
Les oiseaux auxquels il ne manquait que les ailes…
L’habitude veut que chaque parent trouve ses enfants exceptionnels, spéciaux et qu’il brille de fierté pour eux, mais Jean-Louis Fournier, avec son livre Où on va, papa ?, donne une nouvelle perspective sur le rôle important de parent. Père de deux enfants lourdement handicapés, il nous fait voir avec lucidité la réalité des parents qui ont des enfants qui demandent encore plus d’attention et d’affection que ceux qui sont considérés comme « normaux ».
Mathieu, l’aîné, est né normal en apparence, puis, avec le temps, on a diagnostiqué une lenteur cérébrale qui s’est révélée un handicap mental et physique qui, au lieu de s’améliorer, ne ferait qu’empirer. Sourd, aveugle et voûté, Mathieu établit des contacts avec le monde extérieur quand il lance son ballon hors de sa portée pour que ses parents aillent le lui chercher. Thomas, deux ans plus tard, fait revivre aux parents d’un enfant handicapé l’espoir d’un deuxième en parfaite santé, espoir bien vite éteint puisque, à l’instar de son aîné, Thomas aussi souffrira de ce handicap physique et mental. Comme son frère, il parlera très peu, seulement une phrase quand il reconnaît son père : « Où on va, papa ? ». Le père des deux enfants rejette alors sur lui le blâme pour ce malheur, Thomas et Mathieu étant, selon lui, victimes de son désir d’être marginal. Lui qui s’était toute sa vie efforcé d’être différent, il avait maintenant bien réussi.
Fournier traite de thèmes lourds avec un humour souvent très noir, parfois cynique, mais toujours franc et lucide. Pour lui, ses fils ne sont pas « handicapés », mot qui le rebute particulièrement, mais bien « différents ». Il raconte les regards des gens sur ses enfants « indatables ». Tout au long du roman, de magnifiques analogies traduisent l’amour d’un père pour ses fils d’une manière particulièrement émouvante. Il aurait voulu que ses fils, les « petits oiseaux auxquels il manquait des ailes » aient pu quitter à tire-d’aile un monde qui n’était pas fait pour eux.
Dans ce roman ( ?) sans chapitre, Jean-Louis Fournier nous raconte la simplicité du monde à travers les yeux de ses fils, et les regards déplacés que le monde jette sur eux. Empreint d’une culpabilité sous-jacente, il nous énumère avec déception et regret tout ce qu’il ne fera jamais avec ses fils, toutefois sans aucun apitoiement. La franchise sèche des phrases, la brièveté des paragraphes et des phrases mettent en lumière toute la lourdeur du thème et la sincérité de l’écriture.
Bref, un livre touchant et magnifique, qui porte à réfléchir sur la chance de pouvoir apprécier toutes les choses, même les plus infimes, qui tapissent notre vie de bonheur. Gardez près de vous vos mouchoirs !
Anne-Sophie Voyer
L’habitude veut que chaque parent trouve ses enfants exceptionnels, spéciaux et qu’il brille de fierté pour eux, mais Jean-Louis Fournier, avec son livre Où on va, papa ?, donne une nouvelle perspective sur le rôle important de parent. Père de deux enfants lourdement handicapés, il nous fait voir avec lucidité la réalité des parents qui ont des enfants qui demandent encore plus d’attention et d’affection que ceux qui sont considérés comme « normaux ».
Mathieu, l’aîné, est né normal en apparence, puis, avec le temps, on a diagnostiqué une lenteur cérébrale qui s’est révélée un handicap mental et physique qui, au lieu de s’améliorer, ne ferait qu’empirer. Sourd, aveugle et voûté, Mathieu établit des contacts avec le monde extérieur quand il lance son ballon hors de sa portée pour que ses parents aillent le lui chercher. Thomas, deux ans plus tard, fait revivre aux parents d’un enfant handicapé l’espoir d’un deuxième en parfaite santé, espoir bien vite éteint puisque, à l’instar de son aîné, Thomas aussi souffrira de ce handicap physique et mental. Comme son frère, il parlera très peu, seulement une phrase quand il reconnaît son père : « Où on va, papa ? ». Le père des deux enfants rejette alors sur lui le blâme pour ce malheur, Thomas et Mathieu étant, selon lui, victimes de son désir d’être marginal. Lui qui s’était toute sa vie efforcé d’être différent, il avait maintenant bien réussi.
Fournier traite de thèmes lourds avec un humour souvent très noir, parfois cynique, mais toujours franc et lucide. Pour lui, ses fils ne sont pas « handicapés », mot qui le rebute particulièrement, mais bien « différents ». Il raconte les regards des gens sur ses enfants « indatables ». Tout au long du roman, de magnifiques analogies traduisent l’amour d’un père pour ses fils d’une manière particulièrement émouvante. Il aurait voulu que ses fils, les « petits oiseaux auxquels il manquait des ailes » aient pu quitter à tire-d’aile un monde qui n’était pas fait pour eux.
Dans ce roman ( ?) sans chapitre, Jean-Louis Fournier nous raconte la simplicité du monde à travers les yeux de ses fils, et les regards déplacés que le monde jette sur eux. Empreint d’une culpabilité sous-jacente, il nous énumère avec déception et regret tout ce qu’il ne fera jamais avec ses fils, toutefois sans aucun apitoiement. La franchise sèche des phrases, la brièveté des paragraphes et des phrases mettent en lumière toute la lourdeur du thème et la sincérité de l’écriture.
Bref, un livre touchant et magnifique, qui porte à réfléchir sur la chance de pouvoir apprécier toutes les choses, même les plus infimes, qui tapissent notre vie de bonheur. Gardez près de vous vos mouchoirs !
Anne-Sophie Voyer
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Critiques du jury
Le rêve de Machiavel
Ce roman ne peut nous laisser sans réaction. Il est impossible de rester indifférent devant cette écriture simple, mais embrouillée à la fois, où le rêve et le réel se confondent. Christophe Bataille, l’auteur de ce roman, Le rêve de Machiavel, nous transporte au XVIe siècle, en Italie, où il nous fait revivre le dernier amour de ce personnage marquant de l’histoire, Machiavel.
La peste ravage tout sur son chemin, elle est partout et frappe sans distinction. Machiavel tente de s’en sortir; il fuit, vit la nuit et se cache le jour. À cette époque, pour se protéger de la peste tout est permis, imaginé et possible : boire du sang de poule, se laver au vinaigre et en boire, laver les malades avec de la paille et des échalotes, prier, etc. Machiavel vivra durant quatre jours enfermé avec une « reine » dont il ne connaîtra même pas le nom, ce n’était pas l’important. Après la disparition soudaine de cette femme, Machiavel sort de sa chambre, de l’auberge, passe devant un bûcher, sauve une jeune fille blonde des mains d’un bourreau. Quelques nuits s’écoulent avant qu’il rencontre Violetta, la fille d’un alchimiste qui, condamné au bûcher, lui demande de la sauver « mais on ne soigne pas la peste. On se la donne » (p.154). Cette fille est malade, atteinte de la peste bubonique. Machiavel s’en occupe, la soigne, l’aime jusqu’au tout dernier instant. Avant sa mort, quand elle avait peur, Machiavel la rassurait; quand elle sera morte, il s’occupera de son corps, lui offrira une fin respectable, la lavera et l’embaumera.
Machiavel aura côtoyé la mort, vécu avec la peur et aimé douloureusement.
Ce roman décrit la peur, la maladie et la mort d’une façon telle qu’on ne peut s’empêcher d’en ressentir des frissons, parfois de dégoût, parfois de plaisir devant la beauté de l’amour, le sentiment qui nous garde en vie.
Meggie-Laurence Vincent
La peste ravage tout sur son chemin, elle est partout et frappe sans distinction. Machiavel tente de s’en sortir; il fuit, vit la nuit et se cache le jour. À cette époque, pour se protéger de la peste tout est permis, imaginé et possible : boire du sang de poule, se laver au vinaigre et en boire, laver les malades avec de la paille et des échalotes, prier, etc. Machiavel vivra durant quatre jours enfermé avec une « reine » dont il ne connaîtra même pas le nom, ce n’était pas l’important. Après la disparition soudaine de cette femme, Machiavel sort de sa chambre, de l’auberge, passe devant un bûcher, sauve une jeune fille blonde des mains d’un bourreau. Quelques nuits s’écoulent avant qu’il rencontre Violetta, la fille d’un alchimiste qui, condamné au bûcher, lui demande de la sauver « mais on ne soigne pas la peste. On se la donne » (p.154). Cette fille est malade, atteinte de la peste bubonique. Machiavel s’en occupe, la soigne, l’aime jusqu’au tout dernier instant. Avant sa mort, quand elle avait peur, Machiavel la rassurait; quand elle sera morte, il s’occupera de son corps, lui offrira une fin respectable, la lavera et l’embaumera.
Machiavel aura côtoyé la mort, vécu avec la peur et aimé douloureusement.
Ce roman décrit la peur, la maladie et la mort d’une façon telle qu’on ne peut s’empêcher d’en ressentir des frissons, parfois de dégoût, parfois de plaisir devant la beauté de l’amour, le sentiment qui nous garde en vie.
Meggie-Laurence Vincent
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Critiques du jury
dimanche 5 octobre 2008
Mardi 30 septembre
Enfin ! Nous y sommes arrivées ! Après de nombreux détours, d’innombrables feus rouges, stops, bravant les bouchons de circulation et l’impatience croissante de plusieurs automobilistes, nous avons enfin réussi à atteindre le studio de Télé-Québec où nous (Florence, Janie, Anne-Sophie, Mme Garet et moi-même) allons assister dans quelques instants à l’enregistrement de Bazzo.tv, une émission culturelle animée par Marie-France Bazzo. L’accueil des assistantes est chaleureux malgré l’air frais du studio. On nous offre des bouteilles d’eau et des craquelins, on prend nos noms, puis on nous demande de patienter dans la cafeteria du studio. Vingt minutes plus tard, les assistantes reviennent nous chercher et nous dirigent vers le plateau de tournage. Distribution de coussins rouges (extrêmement confortables), installation... À ma grande surprise, le studio d’enregistrement est plutôt petit, et le public se compose d’une soixantaine de personnes tout au plus. Les tests de sons sont effectués : on nous demande d’applaudir pour la forme. Enfin Marie-France Bazzo «entre en scène» en compagnie de son invité de la semaine, Louis Morissette, et de ses journalistes chroniqueurs. Silence sur le plateau. Dans trois, deux, un… l’émission débute. En bon public nous applaudissons. L’animatrice présente les sujets au menu cette semaine : la sortie du livre de Julie Couillard massacrée par les journalistes chroniqueurs de l’émission (pauvre fille !), discussion avec Louis Morissette de sa carrière et de ses différents projets dont l’écriture du Bye Bye 2008, revue de l’actualité portant sur le rôle de l’école dans notre société, brillant éditorial de Danny Laferrière. Finalement, après plusieurs pauses et quelques chroniques que je n’ai pas mentionnées, la discussion s’oriente sur les livres de la semaine du Club de lecture : Depuis la fenêtre de mes cinq ans d’Arlette Cousture et… Un chasseur de lions d’Olivier Rolin !!! Au grand dam de Mme Garet, Jean Barbe (notre parrain, soit dit en passant) a absolument détesté le livre qu’il trouve prétentieux avec ses tournures de phrases au «tu», ses parenthèses à n’en plus finir et ses multiples références culturelles (je ne suis pas complètement en désaccord avec ce point). Appuyé par son collègue Pierre Curzi, il en donne une critique plutôt féroce. C’est alors que Sophie Cadieux intervient : elle a aimé le livre. Les phrases à la deuxième personne permettant un détachement du personnage, le pathétique Pertuiset, l’abondance de descriptions lui ont plu. Marie-France Bazzo se met également de la partie pour défendre le Rolin, qu’elle a adoré. La discussion s’enflamme ! En bout de ligne, les avis sont partagés; les unes ont aimé, les autres pas, Notre lion s’en sort avec quelques coups de griffes. L’émission se termine sur une note plus légère avec un quizz sur le hockey. Finalement, au bout de deux heures bien remplies, l’enregistrement se termine. On remercie les invités, le public, et on nous dirige vers la sortie. Mme Garet me dépose à la station Frontenac, où le cœur léger, la tête encore remplie des discussions de l’émission, je prends le métro sans vraiment faire attention où je vais. L’expérience de ce premier tournage a été fort enrichissante! L’émission Bazzo.tv sera diffusée le jeudi 2 octobre à 21h à Télé-Québec. En scrutant bien le public, vous remarquerez peut-être cinq belles femmes débordantes d’enthousiasme ! Bonne semaine !
Alexandra Saucan
Alexandra Saucan
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Journal de bord
La domination
Quelques années après Tout sur mon frère (Grasset, 2004), un livre sur l’effet pervers de l’autofiction, Karine Tuil replonge dans son sujet de prédilection avec La Domination (Grasset, 2008). En lice pour le Goncourt de 2008, ce roman raconte l’histoire de la narratrice, une écrivaine qui doit écrire un livre sur son père, et qui, pour ce faire, se place dans la peau d’un fils imaginaire, Adam Lansky. Bien que la prémisse (voire la promesse) de La domination soit de raconter la vie de Jacques Lansky, antisémite féroce et homme volage, l’histoire de cet homme ne compose que quelques extraits qui entrecoupent le corps du roman, où l’écrivaine s’adresse à « vous », son éditeur, avec qui elle entretient une liaison à la limite du sadomasochisme. Le titre prend tout son sens alors que l’on découvre la relation entre l’éditeur et Jacques Lansky, ce qui donne lieu à des implications franchement dérangeantes à propos de la relation de l’auteure et de l’éditeur.
À travers les relations éditeur/écrivain et les aventures du père, c’est toute la raison qui pousse les hommes d’un certain âge vers les femmes plus jeunes que Karine Tuil tente d’explorer et d’expliquer. Sont aussi fortement présents le thème de la recherche du père dans l’amant et celui de l’antisémitisme.
Notons au passage le talent particulier de Karine Tuil de façonner des personnages laids, méprisables et pathétiques qui tentent de retrouver un brin de dignité humaine et d’honneur. Il convient aussi de féliciter l’auteure pour la finale percutante du roman, qui vaut à elle seule l’aventure de la lecture.
Gregory Sternthal-Ouimet
À travers les relations éditeur/écrivain et les aventures du père, c’est toute la raison qui pousse les hommes d’un certain âge vers les femmes plus jeunes que Karine Tuil tente d’explorer et d’expliquer. Sont aussi fortement présents le thème de la recherche du père dans l’amant et celui de l’antisémitisme.
Notons au passage le talent particulier de Karine Tuil de façonner des personnages laids, méprisables et pathétiques qui tentent de retrouver un brin de dignité humaine et d’honneur. Il convient aussi de féliciter l’auteure pour la finale percutante du roman, qui vaut à elle seule l’aventure de la lecture.
Gregory Sternthal-Ouimet
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Critiques du jury
Rencontre du 1er octobre 2008
Il s’agit maintenant de la troisième rencontre officielle du cercle de lecture du prix Goncourt des lycéens. Six livres sur quinze ont déjà été lus… le temps passe vite! Les lecteurs s’installent rapidement pour ne pas gaspiller une seconde du temps qui nous est si précieux! L’enthousiasme et le dynamisme sont comme chaque semaine au rendez-vous. On aurait pu penser que le moral serait à la baisse étant donné que les livres à lire cette semaine étaient en quelque sorte un peu sombres, mais non! Nous avons tous un moral d’acier et savons apprécier les œuvres à leur juste valeur. Au menu cette semaine, trois livres : Le rêve de Machiavel de Christophe Bataille, Qui touche à mon court je le tue de Valentine Goby et La Domination de Karine Tuil. Avant de rentrer dans le cœur du débat, des petits rappels s’avèrent nécessaires. Vous trouverez des précisions dans le compte rendu de la rencontre. Nous avons aussi pris connaissance de la nouvelle manière dont nous pouvions rédiger nos fiches critiques. On a en effet reçu cette semaine, par courriel, un exemplaire vierge de fiche critique, on peut donc le remplir pour chaque livre et l’envoyer d’un simple clic! Pratique et écologique! Juste avant de rentrer dans le vif du sujet, les personnes qui ont assisté à l’enregistrement de Bazoo, mardi dernier, ont évoqué brièvement leur expérience qui, semble-t-il, a été très enrichissante.
On y est enfin! C’est le temps de commencer les discussions. Petite nouveauté pour cette fois-ci. Nous avons été séparés en petits groupes de cinq à six personnes pour la première heure. Je trouve que c’est beaucoup plus pratique étant donné que tout le monde peut donner facilement son avis et qu’on arrive à gérer plus aisément notre temps. Les groupes étaient très homogènes puisqu’ils se composaient d’élèves, mais aussi de quelques professeurs passionnés de lectures qui nous ont rejoints cette semaine. On a prévu à la deuxième heure de reformer un seul groupe pour débattre des livres tous ensemble. Dans le groupe que j’ai rejoint, un étudiant a proposé de commencer à discuter des livres en les choisissant par ordre alphabétique. C’est ainsi qu’on a commencé par Le rêve de Machiavel. La discussion s’amorce très vite, chacun a son mot à dire. Ceux qui ont apprécié ce livre ont évoqué l’aspect historique de celui-ci; il est vrai que l’auteur a effectué beaucoup de recherches, on le ressent tout au long du roman. Malgré le thème plutôt macabre du livre, tout le monde autour de la table reconnaît que le style et l’écriture de l’auteur sont tout à fait remarquables. Le livre ne fait pas l’unanimité, mais quelques-uns ont affirmé qu’il s’agissait de leur livre favori. On a ensuite poursuivi avec Qui touche à mon corps je le tue. Personnellement c’est celui que j’ai préféré des trois. Il arbore les grands thèmes de la vie sous un aspect psychologique et je pense que c’est pour cette raison qu’il a été vraiment apprécié… surtout par les filles! Il ne reste plus beaucoup de temps, on est vite passé à La Domination de Karine Tuil. C’est le livre qui a crée le plus de divergences d’opinions. Certains ont réellement apprécié l’histoire et l’originalité de la forme de ce roman, alors que d’autres ont trouvé que l’histoire de l’héroïne était trop complexe et que la relation qu’elle entretenait avec son père n’était pas vraiment racontée. Une fois que les trois livres ont été passés en revue, nous avons procédé à un débat collectif. La discussion a du mal à commencer aux premiers instants, mais quelques secondes plus tard plusieurs mains sont déjà levées. Les interventions s’enchainent l’une après l’autre jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’il est déjà l’heure de partir. Les dernières interventions sont très brèves, car plusieurs d’entre nous ont des cours juste après cette réunion. On se dit très rapidement au revoir, on repart donc chacun avec de tout nouveaux livres à lire et à explorer.
Les romans sur lesquels nous avons débattu ce mercredi n’ont pas fait l’unanimité chez les étudiants, mais on ne peut pas encore parler d’élimination franche. Je vous avoue que je suis très soulagée, car le livre que j’ai préféré cette semaine a survécu aux critiques des jurés!
Assirem Amal Boumati
On y est enfin! C’est le temps de commencer les discussions. Petite nouveauté pour cette fois-ci. Nous avons été séparés en petits groupes de cinq à six personnes pour la première heure. Je trouve que c’est beaucoup plus pratique étant donné que tout le monde peut donner facilement son avis et qu’on arrive à gérer plus aisément notre temps. Les groupes étaient très homogènes puisqu’ils se composaient d’élèves, mais aussi de quelques professeurs passionnés de lectures qui nous ont rejoints cette semaine. On a prévu à la deuxième heure de reformer un seul groupe pour débattre des livres tous ensemble. Dans le groupe que j’ai rejoint, un étudiant a proposé de commencer à discuter des livres en les choisissant par ordre alphabétique. C’est ainsi qu’on a commencé par Le rêve de Machiavel. La discussion s’amorce très vite, chacun a son mot à dire. Ceux qui ont apprécié ce livre ont évoqué l’aspect historique de celui-ci; il est vrai que l’auteur a effectué beaucoup de recherches, on le ressent tout au long du roman. Malgré le thème plutôt macabre du livre, tout le monde autour de la table reconnaît que le style et l’écriture de l’auteur sont tout à fait remarquables. Le livre ne fait pas l’unanimité, mais quelques-uns ont affirmé qu’il s’agissait de leur livre favori. On a ensuite poursuivi avec Qui touche à mon corps je le tue. Personnellement c’est celui que j’ai préféré des trois. Il arbore les grands thèmes de la vie sous un aspect psychologique et je pense que c’est pour cette raison qu’il a été vraiment apprécié… surtout par les filles! Il ne reste plus beaucoup de temps, on est vite passé à La Domination de Karine Tuil. C’est le livre qui a crée le plus de divergences d’opinions. Certains ont réellement apprécié l’histoire et l’originalité de la forme de ce roman, alors que d’autres ont trouvé que l’histoire de l’héroïne était trop complexe et que la relation qu’elle entretenait avec son père n’était pas vraiment racontée. Une fois que les trois livres ont été passés en revue, nous avons procédé à un débat collectif. La discussion a du mal à commencer aux premiers instants, mais quelques secondes plus tard plusieurs mains sont déjà levées. Les interventions s’enchainent l’une après l’autre jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’il est déjà l’heure de partir. Les dernières interventions sont très brèves, car plusieurs d’entre nous ont des cours juste après cette réunion. On se dit très rapidement au revoir, on repart donc chacun avec de tout nouveaux livres à lire et à explorer.
Les romans sur lesquels nous avons débattu ce mercredi n’ont pas fait l’unanimité chez les étudiants, mais on ne peut pas encore parler d’élimination franche. Je vous avoue que je suis très soulagée, car le livre que j’ai préféré cette semaine a survécu aux critiques des jurés!
Assirem Amal Boumati
vendredi 3 octobre 2008
Jour de souffrance critiqué à Bazzo.tv
En tant que jeunes lecteurs, c’est toujours plaisant de comparer ses critiques à celles de lecteurs plus aguerris. Or, comme les livres en lice pour le prix Goncourt ne font pas encore les manchettes au Québec, très peu les ont déjà critiqués. C’est pourquoi, le 18 septembre dernier, à Bazzo.tv, on a été surpris d’apprendre que le livre de Christine Millet, Jour de souffrance, passait sous le bistouri.
En effet, cette émission télévisée d’actualité, animée par Marie-France Bazzo, réserve toujours quelques minutes à son club de lecture. Cette fois, Pascale Nazarro, journaliste et auteure, Sophie Faucher, comédienne, ainsi que Pierre Curzi, comédien et ancien président de l’Union des artistes, ont pris la parole.
Bien qu’ils aient tous remarqué l’efficacité de l’écriture « chirurgicale » de l’auteure, seul M. Curzi a su l’apprécier. Les femmes, pour leur part, ont trouvé que, pour un livre où la jalousie était le thème principal, l’émotion manquait. L’auteure pose un regard distant sur son personnage, mais c’est justement ce que M. Curzi a trouvé fascinant : « (…) comme un acteur qui s’analyse sur une scène. »
On aimerait commenter leurs critiques, mais on ne débattra pas Jour de souffrance avant le 15 octobre. En revanche, mardi prochain, soit le 30 septembre, les invités du club de lecture de Bazzo.tv commenteront Un chasseur de lions d’Olivier Rolin. Quelques étudiants vont assister à l’enregistrement de l’émission. On espère qu’ils auront la chance de faire valoir leur point de vue aux lecteurs invités de Bazzo.tv, car cette fois, on en aura déjà discuté.
Caroline St-Pierre
En effet, cette émission télévisée d’actualité, animée par Marie-France Bazzo, réserve toujours quelques minutes à son club de lecture. Cette fois, Pascale Nazarro, journaliste et auteure, Sophie Faucher, comédienne, ainsi que Pierre Curzi, comédien et ancien président de l’Union des artistes, ont pris la parole.
Bien qu’ils aient tous remarqué l’efficacité de l’écriture « chirurgicale » de l’auteure, seul M. Curzi a su l’apprécier. Les femmes, pour leur part, ont trouvé que, pour un livre où la jalousie était le thème principal, l’émotion manquait. L’auteure pose un regard distant sur son personnage, mais c’est justement ce que M. Curzi a trouvé fascinant : « (…) comme un acteur qui s’analyse sur une scène. »
On aimerait commenter leurs critiques, mais on ne débattra pas Jour de souffrance avant le 15 octobre. En revanche, mardi prochain, soit le 30 septembre, les invités du club de lecture de Bazzo.tv commenteront Un chasseur de lions d’Olivier Rolin. Quelques étudiants vont assister à l’enregistrement de l’émission. On espère qu’ils auront la chance de faire valoir leur point de vue aux lecteurs invités de Bazzo.tv, car cette fois, on en aura déjà discuté.
Caroline St-Pierre
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mardi 30 septembre 2008
Un chasseur de lions.
Un chasseur de lions… qu’est-ce que cette phrase évoque pour vous? La savane, le courage, la poursuite de félins, la sauvagerie et… la beauté du monde. Certainement pas Paris, la vie intellectuelle, la révolution, l’impressionnisme et le raffinement… Un chasseur de lions, c’est le titre du dernier roman d’Olivier Rolin, auteur français prolifique, qui s’inspire de la toile la moins connue de Manet, Portrait de Pertuiset, tueur de lions (1881), pour tisser un chassé-croisé dans lequel le modèle et l’artiste sont les principaux personnages. Un chasseur de lions ne se veut pas une biographie d’Édouard Manet, mais une intrigue «romanesque et romancée», telle qu’annoncée par l’auteur en quatrième de couverture. La trame repose sur des faits historiques à partir desquels Rolin a brodé sa propre vérité. Il nous raconte ainsi l’amitié née entre deux individus aux antipodes l’un de l’autre : un artiste gracieux et spirituel et un chasseur vulgaire au regard éteint, tels que le narrateur nous les décrit (p. 9). Le paradoxe qui les unit est exploité tout au long du livre qui raconte leurs vies parallèles, l’un établi à Paris, et l’autre en constante mouvance, cherchant l’aventure, entre autres en Afrique du Nord et en Amérique du Sud. Parmi les personnages qui se greffent à leur histoire, on reconnait Berthe Morisot, Charles Baudelaire et Stéphane Mallarmé.
Un narrateur anonyme joue un rôle que l’on devine autobiographique, et introduit ainsi une autre voix narrative et un deuxième temps de narration. Qui est-ce ? un homme énigmatique dont on a, par moment, de la difficulté à déterminer s’il est le contemporain de Manet ou le nôtre, et qui, grâce à sa curiosité, constate l’œuvre du temps qui passe. Olivier Rolin ne se contente pas de relater une histoire, il présente le reflet actuel de celle-ci, un portrait de l’évolution de la civilisation : «L’idée a quelque chose de séduisant, d’une rue tirant son nom des lointains qu’on y découvrait, et qui ont désormais disparu derrière la croissance de la ville», pense-t-il (p. 40). Le moins qu’on puisse dire, c’est que Rolin – ancien reporter – a le souci du détail. Cependant, les trop nombreuses références brisent le rythme du récit. Le lecteur perfectionniste qui souhaitera comprendre chaque allusion culturelle ou historique, et repérer chaque lieu sur une carte sera confronté à une recherche énorme. Il faut donc taire quelques-unes de ces envies, et s’armer d’un atlas. Le souci du détail de l’écrivain se reflète également dans le portrait qu’il trace de Manet. Les éléments biographiques jumelés au contexte historique et aux descriptions de toiles aboutissent à une réflexion artistique étoffée et passionnante : «Dommage […] qu’on ne puisse pas peindre les discours. À défaut de peindre les mots, je peindrai la bouche qui les profère», remarque le Manet de Rolin (p. 140). L’auteur allie son œil et sa plume pour décrire à merveille plus d’une dizaine de toiles de Manet, sans toujours les nommer; c’est pourquoi un parcours de l’œuvre du peintre permet de mieux apprécier la lecture.
La qualité de l’écriture est séduisante : on baigne dans un univers visuel et imagé aux coloris vifs appuyés par une langue soutenue et un style recherché. Si Pertuiset «a besoin […] de la solidité rassurante du lieu commun» (p.203), ce n’est pas le cas de Rolin, qui fait preuve de fantaisie en utilisant des jeux lexicaux et des procédés stylistiques tout à fait savoureux. La variété de la langue s’exprime aussi par les différents niveaux d’humour qui sont présents tout au long du roman. Par exemple, Rolin emploie une métaphore issue du langage populaire pour designer Pertuiset en tant que «gros lard» (p. 9). Mais il change de registre (p. 128) lorsqu’il met les mots suivants dans la bouche de Pertuiset : «La gloire d’ouvrir une terre nouvelle à la civilisation! D’augmenter le trésor des connaissances humaines, d’inscrire son nom au bas de la page du Progrès!», autant de lieux communs que Pertuiset ne reconnaît pas comme tels, mais que le narrateur qualifie d’«inepties enflées» (p. 140).
L’humour fin et intelligent de Rolin soulève le rire plus d’une fois, que ce soit dans une scène comique, grâce à la polysémie, aux interpellations du lecteur, aux titres animaliers des chapitres ou devant l’amusant chasseur. Eugène Pertuiset est le personnage le mieux construit du roman, celui auquel, malgré la grossièreté et la robustesse, on s’attache et face auquel on éprouve des émotions. Son nom génère même un nouvel adjectif, « pertuisesque » (p. 211), dans le dictionnaire Rolin. Ce dictionnaire comprend également des termes rares comme «olibrius». En effet, pourquoi ne pas «sortir un peu les vieux mots, leur faire faire un tour dans la langue» (p.145)? On ne peut critiquer l’œuvre de Rolin sans parler de sa saveur très politique. Ayant vécu a Paris sous la Commune de 1871, Édouard Manet sera témoin de la Semaine sanglante. La révolte est sans doute l’un des trois principaux thèmes du roman (avec l’œuvre du temps et la raison d’être de l’art). Le lecteur se souviendra du fait suivant : «La Révolution est toujours assassinée!» (p. 47 et 147).
Un chasseur de lions est une œuvre littéraire dont l’originalité ne fait aucun doute. Tout comme Manet rejette les conventions néoclassiques, Rolin rejette la forme classique du roman. L’artiste-peintre précurseur de la modernité et l’homme de lettre novateur ont certainement des points communs, que ce soit leur démarche artistique inventive ou leur fibre révolutionnaire. Il est à souhaiter que la difficulté de lecture engendrée par la très grande quantité de références diverses ne compromette pas le succès du roman. Si seulement «les mêmes combats [n’étaient] pas à mener, [car] à jamais, la bêtise et le conformisme, le mauvais goût sont toujours triomphants» (p.180) !
Florence Paquin-Mallette
Un narrateur anonyme joue un rôle que l’on devine autobiographique, et introduit ainsi une autre voix narrative et un deuxième temps de narration. Qui est-ce ? un homme énigmatique dont on a, par moment, de la difficulté à déterminer s’il est le contemporain de Manet ou le nôtre, et qui, grâce à sa curiosité, constate l’œuvre du temps qui passe. Olivier Rolin ne se contente pas de relater une histoire, il présente le reflet actuel de celle-ci, un portrait de l’évolution de la civilisation : «L’idée a quelque chose de séduisant, d’une rue tirant son nom des lointains qu’on y découvrait, et qui ont désormais disparu derrière la croissance de la ville», pense-t-il (p. 40). Le moins qu’on puisse dire, c’est que Rolin – ancien reporter – a le souci du détail. Cependant, les trop nombreuses références brisent le rythme du récit. Le lecteur perfectionniste qui souhaitera comprendre chaque allusion culturelle ou historique, et repérer chaque lieu sur une carte sera confronté à une recherche énorme. Il faut donc taire quelques-unes de ces envies, et s’armer d’un atlas. Le souci du détail de l’écrivain se reflète également dans le portrait qu’il trace de Manet. Les éléments biographiques jumelés au contexte historique et aux descriptions de toiles aboutissent à une réflexion artistique étoffée et passionnante : «Dommage […] qu’on ne puisse pas peindre les discours. À défaut de peindre les mots, je peindrai la bouche qui les profère», remarque le Manet de Rolin (p. 140). L’auteur allie son œil et sa plume pour décrire à merveille plus d’une dizaine de toiles de Manet, sans toujours les nommer; c’est pourquoi un parcours de l’œuvre du peintre permet de mieux apprécier la lecture.
La qualité de l’écriture est séduisante : on baigne dans un univers visuel et imagé aux coloris vifs appuyés par une langue soutenue et un style recherché. Si Pertuiset «a besoin […] de la solidité rassurante du lieu commun» (p.203), ce n’est pas le cas de Rolin, qui fait preuve de fantaisie en utilisant des jeux lexicaux et des procédés stylistiques tout à fait savoureux. La variété de la langue s’exprime aussi par les différents niveaux d’humour qui sont présents tout au long du roman. Par exemple, Rolin emploie une métaphore issue du langage populaire pour designer Pertuiset en tant que «gros lard» (p. 9). Mais il change de registre (p. 128) lorsqu’il met les mots suivants dans la bouche de Pertuiset : «La gloire d’ouvrir une terre nouvelle à la civilisation! D’augmenter le trésor des connaissances humaines, d’inscrire son nom au bas de la page du Progrès!», autant de lieux communs que Pertuiset ne reconnaît pas comme tels, mais que le narrateur qualifie d’«inepties enflées» (p. 140).
L’humour fin et intelligent de Rolin soulève le rire plus d’une fois, que ce soit dans une scène comique, grâce à la polysémie, aux interpellations du lecteur, aux titres animaliers des chapitres ou devant l’amusant chasseur. Eugène Pertuiset est le personnage le mieux construit du roman, celui auquel, malgré la grossièreté et la robustesse, on s’attache et face auquel on éprouve des émotions. Son nom génère même un nouvel adjectif, « pertuisesque » (p. 211), dans le dictionnaire Rolin. Ce dictionnaire comprend également des termes rares comme «olibrius». En effet, pourquoi ne pas «sortir un peu les vieux mots, leur faire faire un tour dans la langue» (p.145)? On ne peut critiquer l’œuvre de Rolin sans parler de sa saveur très politique. Ayant vécu a Paris sous la Commune de 1871, Édouard Manet sera témoin de la Semaine sanglante. La révolte est sans doute l’un des trois principaux thèmes du roman (avec l’œuvre du temps et la raison d’être de l’art). Le lecteur se souviendra du fait suivant : «La Révolution est toujours assassinée!» (p. 47 et 147).
Un chasseur de lions est une œuvre littéraire dont l’originalité ne fait aucun doute. Tout comme Manet rejette les conventions néoclassiques, Rolin rejette la forme classique du roman. L’artiste-peintre précurseur de la modernité et l’homme de lettre novateur ont certainement des points communs, que ce soit leur démarche artistique inventive ou leur fibre révolutionnaire. Il est à souhaiter que la difficulté de lecture engendrée par la très grande quantité de références diverses ne compromette pas le succès du roman. Si seulement «les mêmes combats [n’étaient] pas à mener, [car] à jamais, la bêtise et le conformisme, le mauvais goût sont toujours triomphants» (p.180) !
Florence Paquin-Mallette
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Critiques du jury
lundi 29 septembre 2008
Qui touche à mon corps je le tue.
Vingt-quatre heures et j’avais terminé le dernier roman de Valentine Goby, Qui touche à mon corps je le tue, son cinquième roman après La note sensible, Sept jours, L’antilope blanche et L’échappée, livres tous parus chez Gallimard. Vingt-quatre heures… la durée exacte de l’histoire absolument bouleversante mise en scène par Goby.
C’est quelque cent trente-cinq pages et un quart qui déversent sur vous un flot intense de questionnements, peines et déchirements. De l’aube à l’aube – la tragédie est découpée en cinq actes – le décor parisien est une façade, car l’incursion du lecteur va bien au-delà du paysage urbain de l’année 1943. Vivant en parallèle les vingt-quatre heures d’une condamnée à mort, trois personnages se relayent dans l’illustration de leur vie maintes fois éprouvée.
Marie G., la dernière femme destinée à la guillotine, vit sa dernière nuit en prison, réfléchissant à son rôle de « faiseuse d’anges», périphrase que l’on utilise pour ne pas dire avorteuse. D’autres anges meurent naturellement : ses sœurs Marie, dont on lui donne le prénom; elle a passé sa vie à longer les murs pour ne pas être remarquée. Jamais elle ne s’est sentie distinguable, elle n’aura été, toute sa vie, qu’une Marie parmi toutes les autres Marie.
Lucie L., porteuse d’un fœtus qu’elle ne désire pas, se fait avorter pour ne pas mener à terme l’embryon qui serait la suite de sa chair, la succession de son sang. Issue d’une famille où le père était absent et la mère possessive, Lucie refuse tout contact humain : Qui touche à mon corps je le tue.
Henri D., bourreau comme ses ancêtres l’étaient, attend l’aube pour exécuter les ordres. Hanté par le fantôme de sa mère, persuadé d’être responsable de sa mort, lui aussi se revoit gamin et pleure son existence. De ses victimes, il est le plus souffrant.
Un narrateur omniscient cède la parole tour à tour à chacun des personnages qui portent tous le fardeau de leur naissance, le deuil de leur enfance. Cette exhibition très intime de la souffrance de chacun m’a ébranlée. Touchant, le lien mère-enfant (la mère et son odeur, la mère et ses caresses, la mère dans toutes ses faiblesses…); poignant, le sentiment de dépossession de soi, la peur de disparaître : Qui touche à mon corps je le tue.
Ce n’est pourtant pas un roman étouffant et perturbant comme il en existe beaucoup. Le thème de la douleur est omniprésent, mais, sous-jacent, c’est la recherche identitaire si chère aux auteurs contemporains qui demeure.
L’écriture de l’auteur garde un rythme très intense tout au long du roman. De très longues phrases énumérant des émotions en rafale, puis, coupure. Seules quelques lignes constituent le paragraphe suivant. Trois mots par phrase qui veulent tout dire. Avec une écriture directe qui ne cache rien, Valentine Goby sait dire les choses telles qu’elles sont, dans leur noirceur et leur lumière.
Anabel Cossette Civitella
C’est quelque cent trente-cinq pages et un quart qui déversent sur vous un flot intense de questionnements, peines et déchirements. De l’aube à l’aube – la tragédie est découpée en cinq actes – le décor parisien est une façade, car l’incursion du lecteur va bien au-delà du paysage urbain de l’année 1943. Vivant en parallèle les vingt-quatre heures d’une condamnée à mort, trois personnages se relayent dans l’illustration de leur vie maintes fois éprouvée.
Marie G., la dernière femme destinée à la guillotine, vit sa dernière nuit en prison, réfléchissant à son rôle de « faiseuse d’anges», périphrase que l’on utilise pour ne pas dire avorteuse. D’autres anges meurent naturellement : ses sœurs Marie, dont on lui donne le prénom; elle a passé sa vie à longer les murs pour ne pas être remarquée. Jamais elle ne s’est sentie distinguable, elle n’aura été, toute sa vie, qu’une Marie parmi toutes les autres Marie.
Lucie L., porteuse d’un fœtus qu’elle ne désire pas, se fait avorter pour ne pas mener à terme l’embryon qui serait la suite de sa chair, la succession de son sang. Issue d’une famille où le père était absent et la mère possessive, Lucie refuse tout contact humain : Qui touche à mon corps je le tue.
Henri D., bourreau comme ses ancêtres l’étaient, attend l’aube pour exécuter les ordres. Hanté par le fantôme de sa mère, persuadé d’être responsable de sa mort, lui aussi se revoit gamin et pleure son existence. De ses victimes, il est le plus souffrant.
Un narrateur omniscient cède la parole tour à tour à chacun des personnages qui portent tous le fardeau de leur naissance, le deuil de leur enfance. Cette exhibition très intime de la souffrance de chacun m’a ébranlée. Touchant, le lien mère-enfant (la mère et son odeur, la mère et ses caresses, la mère dans toutes ses faiblesses…); poignant, le sentiment de dépossession de soi, la peur de disparaître : Qui touche à mon corps je le tue.
Ce n’est pourtant pas un roman étouffant et perturbant comme il en existe beaucoup. Le thème de la douleur est omniprésent, mais, sous-jacent, c’est la recherche identitaire si chère aux auteurs contemporains qui demeure.
L’écriture de l’auteur garde un rythme très intense tout au long du roman. De très longues phrases énumérant des émotions en rafale, puis, coupure. Seules quelques lignes constituent le paragraphe suivant. Trois mots par phrase qui veulent tout dire. Avec une écriture directe qui ne cache rien, Valentine Goby sait dire les choses telles qu’elles sont, dans leur noirceur et leur lumière.
Anabel Cossette Civitella
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